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« Gradina Capitol » - la nouvelle vie d’un cinéma |
(2009-08-20) |
Dernière mise à jour: 2009-11-15 19:34 EET |
Les mots d’esprit changent aussi. Si jadis il l’anoblissait, aujourd’hui « l’homme démolit le lieu ». Avec ce slogan, le Ministère roumain de la Culture et des Cultes a récemment démarré une campagne visant la sauvegarde du patrimoine architectural sur l’ensemble du territoire du pays. Le projet est ambitieux – soutenu par des architectes, des artistes et par tout citoyen responsable, il vise à recenser les monuments en danger, ayant subi des dégradations irrémédiables ou ayant tout simplement été rasés. Un premier volume de ce « livre noir du patrimoine » est déjà paru, et c’est Bucarest qui est mis sous la loupe à travers une longue liste d’immeubles mutilés. “Gradina Capitol” - le jardin Capitol – pourrait bien s’y retrouver. Il fut un des hauts lieux du divertissement “intellectuel” de la capitale roumaine, dans la première moitié du 20e siècle. C’est bien dans ce cinéma en plein air qu’a eu lieu, en 1912, la première projection publique d’un film à Bucarest, dans un espace spécialement aménagé à cette fin. Il s’agissait de “Voyage dans la lune” de Georges Méliès. Endommagé par les tremblements de terre, abandonné avant la chute du régime communiste, ce monument d’architecture classé “d’importance nationale” guette la ruine totale. Cet été, il a rouvert ses portes par les soins de “Save or Cancel”, un groupe de jeunes Roumains qui organise des événements culturels urbains. Pour le dossier spécial de RRI, Andrei Popov a visité cet endroit qui vient d’un autre temps…
L’heure exacte » est un des services téléphoniques les plus anciens de Roumanie. Une seule et unique voix, presque culte, qui égrène infatigable heures, minutes et secondes, depuis des décennies. Toutefois, sur les platines de DJ Vasile, les annonces de ce répondeur jovial ont l’air d’une mise en garde. Effet garanti auprès de l’assistance qui, soudainement, regarde plus attentivement le décor – les mûrs délabrés du cinéma en plein air « Capitol ». Rien n’y fait penser à un monument historique classé d’importance nationale…
Des rideaux de lierre épais drapent pudiquement les cariatides dénudées qui flanquent l’écran. Né 1912, le beau cinéma “belle époque” a désormais l’air d’une forêt. Des arbres aux racines implantées carrément dans le béton ont envahi la salle sans toit jusqu’à la galerie. Depuis sa fermeture au public, il y a une vingtaine d’années, une colonie de lapins est la seule à régner sur ces lieux. Dépôt de décors en fin de carrière, jardin potager, décharge publique à ses heures perdues - pour la deuxième année de suite, l’endroit a été déblayé par deux étudiants en beaux arts et architecture, Cristina Popa et Andrei Racovitan. C’est un coup de curiosité qui les a menés ici. Début 2008, ils ne connaissaient même pas cet endroit.
Andrei Racovitan – « Nous cherchions un endroit pour organiser des événements culturels – un studio, un bureau, quelque chose du genre. Nous regardions les bâtiments du centre-ville… Et c’est la façade qui m’a attiré l’attention tout de suite. Ca m’a beaucoup plu. J’ai honte de reconnaître que je ne savais pas ce qu’il y avait eu ici jadis. Ce n’est pas une rue que j’avais fréquentée ».
Cristina Popa – « Ca nous a beaucoup plus. C’est un endroit charmant, malgré les ordures. On voyait immédiatement cet éclat des temps passés ».
Andrei Racovitan – « C’est pourtant la catastrophe totale. Cette année, nous avons rempli de débris plusieurs pick-up. L’année dernière, ça a été cinq fois pire ».
Sorti du circuit des cinémas bucarestois, en 1986, « Gradina Capitol » est détenu par la Régie Autonome de Distribution et d’Exploitation des Films, qui l’a sous-traité. La crise ayant mis en question la plupart des projets immobiliers, la société privée qui le gère actuellement a tout de suite accepté – non sans étonnement – la réhabilitation temporaire du monument, proposée par les deux jeunes.
Andrei Racovitan – « L’idée était tellement saugrenue, en plus assez mal présentée, nous n’avions aucun document… On nous a écoutés avec sérénité et on nous a donné la clé – « je vous en prie, passez de bonnes vacances », nous a-t-on dit. Avec cette histoire, je veux dire que l’on peut faire presque tout ce qu’on veut, à condition que ce soit gratis. Nous-mêmes, nous n’avons demandé de l’argent à qui que ce soit. En échange, nous avons reçu des choses beaucoup plus importantes – des partenaires, des bénévoles. Nous n’avons pas cherché le succès financier… Ca ne coûte rien, à part un forfait Internet. Il faut du temps et de la détermination. Certes, mes collègues de la fac d’architecture m’ont dit qu’ils préféraient aller passer leurs vacances à la mer. Et, effectivement, ils ont été très peu nombreux à venir ici - et je vous dis ça plus fort, pour qu’ils m’entendent…»
A l’aide de quelques bénévoles ayant appris par hasard de l’existence de ce projet, Cristina et Andrei ont fouillé non seulement dans les ordures, mais aussi dans les archives. L’état piteux de cet ancien haut lieu culturel du Bucarest d’antan ainsi que l’indifférence des habitants de la capitale roumaine les interpellent, selon Cristina et Andrei.
Andrei Racovitan – « C’est un espace public, c’est ça le plus important… »
Cristina Popa – « Nous avons voulu qu’il retrouve sa place dans la vie des Bucarestois que nous sommes. S’il peut la retrouver… Sinon, tant pis – cela veut dire qu’on n’en a pas besoin, mais nous devons voir exactement ce qui cloche… Le problème nous concerne-t-il nous, les citoyens, ou bien l’Etat. Apparemment, il semble que personne n’est concerné… »
Cristina et Andrei ne veulent pas faire de « Gradina Capitol » un énième espace d’art contemporain à Bucarest. Peinte en rouge sur le portail en fer du cinéma, l’inscription « les portes sont ouvertes » - en français dans le texte – les inspire. Les deux jeunes ont ainsi ouvert la salle à tous ceux qui avaient quelque chose à dire ou à montrer aux autres, entre deux projections de film comme, au bon vieux temps. Voilà comment, parmi les lapins placides, affluent artistes en tout genre, reporters photographes ou défenseurs des droits des animaux.
Cristina Popa – « Quiconque souhaite utiliser cet espace pour des expositions, pour des concerts et ainsi de suite est le bienvenu ».
Andrei Racovitan – « Nous n’avons ni critères, ni thèmes à imposer. Nous n’avons fait qu’inviter des gens et des projets, pas nécessairement des artistes… Nous travaillons avec des gens qui font des choses de qualité ».
Tout en offrant aux Bucarestois un moyen gratuit de passer leurs vacances en ville, nos étudiants souhaitent aussi les sensibiliser discrètement au sort des nombreux monuments d’architecture laissés à la dérive partout dans la capitale roumaine. Et le public ne s’est pas laissé prier – des jeunes et moins jeunes venus découvrir ou se rafraîchir les souvenirs de ce cinéma oublié, selon Cristina Popa et Andrei Racovitan.
Andrei Racovitan – « C’était réjouissant parce que, à la différence de l’année dernière, quand les événements concernaient surtout le public de notre âge, cette année nous avons voulu faire l’inverse ».
Cristina Popa – « Nous avons cherché des gens de tous les âges. Et nous avons reçu même des grands-parents qui nous racontaient quelle était l’ambiance dans ce cinéma à l’époque, comment ils venaient ici se désaltérer ou ils y emmenaient leurs enfants. Ca a été très sympa… »
Même si le public se presse désormais à « Gradina Capitol » pour voir « Jack le Samouraï » et non plus la Divine Garbo, l’efficacité réelle de ce projet est difficile à mesurer. Elle ne pourra être constatée que dans les éventuelles prises de position des Bucarestois à l’égard d’autres monuments en danger d’être modifiés ou qui pourraient disparaître. Cristina Popa et Andrei Racovitan souhaitent réitérer cette expérience l’année prochaine. Certes, si la ruine ne met “Gradina Capitol” à terre, ou si un incendie “accidentel” ne fait pas de place à un nouveau building rutilant en verre et acier... (Andrei Popov)
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