2025-04-04




















Archives :
L'élevage ovin en Roumanie
(2012-03-14)
Dernière mise à jour: 2012-04-01 13:06 EET
Pratiqué sur le territoire actuel de la Roumanie depuis la nuit des temps, l’élevage est un métier où on aurait cru que l’innovation n’a pas cours. Délaissé pendant un certain temps car difficile et peu rentable, il peut de nouveau rapporter gros. Seulement voilà, tout le monde ne peut pas devenir berger. Un métier en passe d’être revalorisé et relooké depuis que les revenus des éleveurs de moutons du pays connaissent une courbe ascendante.

Ce n’est pas moi qui le dis, mais le Pr Ioan Pădeanu, de l’Université de Sciences agricoles et de Médecine vétérinaire du Banat, de Timişoara. Voici 3 – 4 ans, le prix de la viande d’agneau vivant exportée était de 3,5 lei, soit moins d’un euro le kilo, et il a augmenté à 9 – 10 lei (plus de 2 euros). Un milliard d’euros ont été obtenus en 2011 suite à la vente d’agneaux, soit 1% du PIB, ce qui est vraiment important. D’autre part, même les prix de la laine et des produits laitiers de brebis ont connu une hausse de 30 à 40%. Le Pr Pădeanu estime donc que c’est un secteur en développement, très profitable sur le court et le moyen terme. C’est même le domaine avec la meilleure dynamique de toute l’économie, dit-il.

La montée de ce type de business hisse la Roumanie de la 6e à la 3e place en Europe pour le nombre de moutons et de chèvres ces 2 – 3 dernières années. Elle devance ainsi des pays à grande tradition, comme la France, l’Italie ou la Grèce, et arrive derrière l’Espagne et le Royaume Uni. Le ministère de l’Agriculture procède à un recensement général agricole tous les 10 ans. Le dernier en date, celui de 2010, faisait état de 9.623.000 têtes, un chiffre de 42% moindre qu’en 1989. Le potentiel du pays est donc loin d’être atteint.

La Roumanie n’est pas un grand marché de viande de mouton. La consommation ici se résume à la fête de Pâques. Il y a deux catégories de producteurs : ceux qui vendent à l’interne – les petits - et les producteurs importants, qui exportent. Dans cet univers de l’élevage ovin, tout le monde sait qui est Dumitru Andreşoi. Je l’ai connu moi-même au Salon de l’agriculture, et pas n’importe comment. Dans l’espace réservé aux ovins, il était impossible de ne pas remarquer ses immenses béliers ; je n’en avais jamais vu d’aussi grands, avec une belle laine et de grosses cornes. Ils étaient beaux. Je ne peux m’empêcher de partager ce constat au propriétaire. Dumitru Andreşoi parle à deux de ses confrères, et son portable sonne toutes les deux minutes. Il se présente comme le président de l’Association des éleveurs ovins, « donc berger », dit-il. Sa famille a une tradition de plusieurs générations dans ce métier. Lui, il s’est lancé dans l’élevage en 2001, par l’acquisition de 80 moutons, comme un hobby. Maintenant, il élève la race Ţurcană à tête noire, sur le plateau de Luncani du comté de Hunedoara, dans le centre du pays.

J’ai demandé à Dumitru Andreşoi quelles sont les caractéristiques de cette race et si c’est une race roumaine : « C’est une race roumaine, et même une des rares races roumaines qui n’ont pas connu de modifications. Du temps du communisme, ils ont mis l’accent sur la viande ; notre zone étant une zone de collines et de montagnes, nous avons échappé à cela et nous gardons la race pure, la race Ţurcană à tête noire, de Luncani. Une première caractéristique, c’est sa très grande résistance aux intempéries , au froid et à la neige, c’est une race qui n’a pas besoin d’abris, une race de grande taille, avec une jolie laine, et une bonne production de lait – au-dessus de la moyenne de la Ţurcană » .

Mon interlocuteur élève ses moutons en stabulation libre et les emmène paître. Il dispose aussi d’abris pour la période de l’agnelage. A cette époque, les brebis et les agneaux passent 2 – 3 semaines dans des étables. Je lance la question : Combien de moutons avez-vous ? La réponse est étonnante : « Actuellement, 12.000 – le plus grand éleveur de moutons de Roumanie et d’Europe – de moutons de production – et non pas de fermes qui commercialisent ; en tant qu’éleveur, je suis le plus grand d’Europe » .

Est-il encore rentable, aujourd’hui, d’élever des moutons ? « En Roumanie, il est très difficile de parler rentabilité, parce que sur le nombre de moutons que moi j’ai, je peux affirmer que ça vaut la peine, mais pas pour les autres éleveurs. Non, parce que nous sommes très peu soutenus. De toutes les subventions qui nous étaient accordées – pour les béliers reproducteurs, pour les jeunes brebis – tout cela a disparu, et il ne nous reste qu’une infime subvention par rapport à celles que nous avons négociées avec Bruxelles » .


Au moment de notre discussion, à l’automne 2011, l’éleveur espérait une subvention de 55 lei minimum (12,50 euros) par tête de mouton de la part de l’Etat. Ce qu’il considérait comme très peu, mais, disait-il, il faut comprendre que le pays connaît une situation difficile. Or, en 2012, la subvention fixée est de 40 lei (presque 10 euros). Est-ce que les éleveurs touchent aussi une subvention européenne ? De quelle nature ? « Pas par animal. Uniquement pour le terrain, comme nous l’avons négociée. Par animal, c’est le gouvernement roumain qui accorde de l’argent » .

Là encore, Dumitru Andreşoi est bien loti. En 2001, dit-il, je n’avais que 2 ha. Maintenant il en a près de 7000, dont 1000 lui appartiennent, et le reste sont en métayage. C’est dire que les 5 dernières années, mon interlocuteur n’a pas cessé d’acquérir des terrains. Un animal est vendu pour Pâques à 3 mois ou sinon il arrive à son poids optimum en 6-7 mois, au-delà desquels il y a des coûts supplémentaires que l’éleveur ne peut pas assumer. Combien de votre production vendez-vous sur le marché roumain et combien à l’étranger ? « Moi, personnellement, je ne vends rien en Roumanie – je parle pour les jeunes moutons. Au plan national, je pense que quelque chose comme 20-30% sont destinés au marché intérieur, et le reste – à l’export » .

Afin de satisfaire aux critères sanitaires-vétérinaires, les éleveurs n’ont pas le droit de vendre directement à l’étranger. Ils sont obligés de vendre aux fermes de quarantaine, qui font des transactions avec des agneaux. Ce sont les seules disposant de certificats qui permettent d’exporter. Les pays arabes sont la principale destination. A Pâques, il n’y a pas de différence de prix entre le marché roumain et les marchés arabes. Ici, le prix de vente au détail est de l’ordre de 22 – 25 lei le kilo, soit entre 5 et 5,75 euros. Pour 2012, les producteurs annoncent une hausse des prix. Pourtant, Pâques, ce n’est pas tous les jours. Dumitru Andreşoi explique : « On exporte dans les pays arabes des agneaux gros, c’est ça l’avantage. A Pâques, l’agneau vivant a 20 kilos en Roumanie ; pour les agneaux vendus dans les pays arabes, ils sont à 30 kilos, même 40 » .

La stratégie de l’éleveur a été d’acheter un nombre d’animaux aussi grand que possible, d’avoir autant d’agneaux que possible, qui soient engraissés et vendus. A cet effet, il a acheté les meilleurs exemplaires qu’il a pu trouver. Les revenus issus de la vente des agneaux, il les a réinvestis dans cette affaire, et l’argent des subventions, aussi. Mon interlocuteur espérait encaisser entre 3,5 et 4 millions de lei pour les agneaux en 2011, pour des dépenses allant de 2 à 2,5 millions, ce qui fait un taux de profit de plus de 30%. Dumitru Andreşoi vend aussi 100 à 200 béliers par an, à 500 euros pièce. Très chers, donc, les exemplaires que j’ai admirés.

Il a partagé ses moutons en 12 troupeaux, avec 24 bergers. Cette affaire, il la gère de façon traditionnelle. La transhumance est très importante pour lui. 3-4 mois par an, les bergers les passent en transhumance. N’est pas berger qui veut. Il y a des exigences très précises à remplir. L’éleveur a aussi 70 chiens et 80 ânes. Une autre particularité, c’est qu’il ne trait pas les brebis, préférant laisser tout le lait aux agneaux. Pour nourrir les bergers, il achète du fromage ! Au moins deux jours par semaine, il va inspecter les troupeaux, et ces jours-là, il marche 14 h par jour. Il passe la nuit à la belle étoile, enveloppé dans une peau de mouton. Lors du retour des troupeaux, il inspecte personnellement chaque mouton pour faire le tri. A garder ou à vendre. A prix fort. Les troupeaux de Dumitru Andreşoi valent environ 2 millions d’euros. Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre un millionnaire en euros. Ou en moutons. (Ligia Mihaiescu) berbeci
berbeci
 
Bookmark and Share
WMA
64kbps : 1 2 3
128kbps : 1 2 3
MP3
64kbps : 1 2 3
128kbps : 1 2 3
AAC+
48kbps : 1 2 3
64kbps : 1 2 3
Ecoutez ici
Voici les repères horaires de réception des émissions du Service Français de RRI:
Heure (TU) 10.00 - 11.00
01.00 - 02.00 16.00 - 17.00
05.00 - 05.30 20.00 - 20.30


La mascotte historique de RRI