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Paroles Jeunes - L'Ecole Centrale de Bucarest |
(2009-02-06) |
Dernière mise à jour: 2009-04-08 10:41 EET |
Un des lycées francophones les plus anciens de Roumanie, bâtiment classé dans la classe A, l’Ecole Centrale de Bucarest est actuellement confrontée à deux graves problèmes. Premièrement – l’indifférence des autorités envers les travaux de réparation qui ne doivent plus tarder. Deuxièmement – un immeuble à 14 étages pourrait être construit à moins de 100 m du lycée. Mais pour commencer jetons un coup d’œil sur l’histoire de ce fameux établissement scolaire.
Le 19 mars 1851, le prince Barbu Stirbey approuvait par édit princier la création à Bucarest du «Pensionnat Princier pour Demoiselles». Mais ce n’est qu’une année plus tard, le 20 novembre 1852, que les portes de l’école se sont officiellement ouvertes pour accueillir les élèves. Pendant 12 ans, y ont été dispensés des cours de primaire et de secondaire. En 1864, le Pensionnat est transformé en école secondaire de 5 ans.
L’actuel bâtiment a été construit par l’architecte Ion Mincu en 1890 d’après un modèle classique, à savoir : une cour intérieure entourée de corridors et de galeries. Ce bâtiment est même considéré comme la création la plus réussie de Ion Mincu.
Quelques années plus tard, on y ajoute de nouvelles constructions : le logement de fonction de la directrice, reliée à l’école par une verrière. Aujourd’hui c’est là que se trouve la bibliothèque de l’école.
Le 20e siècle apporte des changements. Pendant la première guerre mondiale, le Pensionnat est transformé en hôpital, pour devenir ensuite bureau de poste. En 1924 «Le Pensionnat Princier pour Demoiselles» change de nom, devenant «L’école secondaire pour les jeunes filles». A compter de 1948, pendant le régime communiste, l’établissement change souvent de nom, mais le plus connu de l’époque reste «Le lycée Zoia Kosmodemianskaia». En fait, nombre de ses anciens élèves de l’époque continuent de l’appeler tout simplement «Zoia».
Zoia Kosmodemianskaia était une jeune paysanne russe de 18 ans, accusée de sabotage par les nazis qui l’ont exécutée par pendaison. Ses derniers mots avant de mourir ont été : «vous ne pouvez pas nous pendre tous les 190 millions ».
En 1942, l’école est dotée d’une salle de festivités. Utilisée d’abord comme cinéma, puis comme théâtre, cette salle est depuis une vingtaine d’années un des sièges du Théâtre Bulandra de Bucarest.
Après la chute du communisme, «Zoia» devient «L’Ecole Centrale», lycée bilingue francophone.
Important monument historique de la capitale roumaine, l’Ecole Centrale ressemble plutôt à un musée. Elle est fameuse pour sa merveilleuse cour intérieure (peu accessible aux élèves), pour ses murs en rouge pompéien, très difficile à reproduire, ses plafonds décorés, peints de noir et de vert, son immense cour extérieure destinée aux activités sportives.
Cette année l’Ecole Centrale fête son 158e anniversaire.
Mais tout n’est pas rose derrière les murs de cette école. En décembre 2008, ses élèves ont organisé plusieurs protestations, menaçant même de déclencher la grève si les autorités refusaient de les écouter. En fait, les élèves insistent sur un aspect qui ne peut plus être remis à plus tard : l’école n’a pas été rénovée depuis une trentaine d’années, il est donc impératif de démarrer les travaux de restauration. Plus encore, les jeunes sont alarmés par un possible projet de construction d’un immeuble à 14 étages juste devant leur école. Les autorités sont venues discuter avec les élèves. Mais l’effet n’en est pas encore évident. Entre temps, plusieurs anciens élèves de l’Ecole Centrale ont décidé de créer une association – « Les amis de l’Ecole Centrale» - pour défendre ce haut lieu de leur enfance et de leur adolescence.
La pétition en ligne « L’Ecole Centrale - le passé qui oblige » a reçu jusqu’ici près de 1600 signatures, dont la plupart appartiennent à d’anciens élèves. Le nombre de signataires augmente d’un jour à l’autre. Voici ce qu’ont écrit quelques uns d’entre eux.
« Ce que n’ont pas détruit les communistes est en train d’être détruit avec le concours des autorités ».
«Ne détruisez pas le plus beau lycée de Bucarest ! »
«Il faut faire quelque chose, pour le laisser en héritage à nos enfants, pour ne pas perdre notre passé».
«Mon école, l’école centrale, la plus belle du monde. J’en garde mes meilleurs souvenirs. J’y ai passé 7 ans, jusqu’en 1960, lorsque j’ai quitté le pays. J’espère réussir à la sauver».
«J’ai été élève de l’Ecole Centrale pendant 12 ans et j’ai assisté aux différents changements du quartier. J’ai vu des magasins fermés, des parcs réaménagés, mais à chaque fois tout se passait en harmonie avec les formes et les couleurs de l’endroit, quelles que fussent les modifications. Aujourd’hui, cette harmonie risque de disparaître, le quartier pourrait devenir une caricature».
« Admirable effort pour protéger le patrimoine construit de la capitale. Ma grand-mère a suivi pendant 8 ans les cours de cette école, ce qui l’a marquée à jamais. De ce qu’elle raconte, je sais que l’EC est un endroit spécial, avec une tradition à part, qui mérité d’être préservé et respecté. Bon succès !»
«Nous sommes des milliers d’anciens élèves de l’Ecoles Centrale, notre parole doit parvenir jusque là où l’on prend de telles décisions aberrantes ! »
Voici également le message posté en français par un autre signataire de la pétition :
« Le patrimoine de Bucarest mérite d'être protégé, dans son intégrité comme dans ses entourages. Il est regrettable que des intérêts privés priment sur le bien public, surtout au mépris de la loi. De tels phénomènes existent malheureusement partout en Europe (sans parler de formes plus pernicieuses de vandalisme) et votre combat n'est ni d'arrière-garde (comme vous le reprocheront vos détracteurs, plus sensibles à la rentabilité immédiate qu'aux fruits d'un tourisme culturel qui se construit sur la durée, qu'à la beauté fragile des quartiers et des sites) ni isolé ».
Finalement la voix des signataires de la pétition a été entendue. Juste après notre interview, le maire du 2e arrondissement de Bucarest, Neculai Ontanu, a décidé de ne pas signer les autorisations de construction de l’immeuble en question. A son tour le ministre de la Culture Toader Paleologu a demandé aux autorités locales d’analyser à nouveau les documents déjà délivrés aux entrepreneurs. Les travaux n’ont pas commencé pour l’instant, leur avenir est incertain, surtout que l’actuelle crise économique met en question tout projet immobilier. Comme quoi la crise peut aussi faire du bien !
(Valentina Beleavski, Alex Diaconescu. Photos: Meda Mihaiescu)
Autres photos sur: www.scoalacentrala.ro
scoalacentrala.wordpress.com
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