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RRI Spécial - Le "Projet Puzzle" |
(2008-07-03) |
Dernière mise à jour: 2009-02-11 12:29 EET |
C’est en fait un pan du toit du Théâtre National de Bucarest qui sert de canevas au graffeur Romain Carrère. Néanmoins, la jeune fille du tableau n’ouvre pas sa fenêtre vers un espace à l’abandon, bien au contraire. A une trentaine de mètres au-dessus de la rue bucarestoise, le bâtiment lourdaud, taillé selon les goûts de l’architecture communiste, est dominé par une des terrasses en plein air les plus vastes d’Europe. Quelque deux mille personnes peuvent s’y retrouver entre amis, aux heures de pointe. C’est devant cette clientèle jeune et branchée que, depuis trois ans, le graphiste George Bodocan montre son “Projet Puzzle”. Les artistes contemporains roumains et étrangers, qu’il invite, montent sur cette terrasse dite “Aux Moteurs” pour décorer, chacun, un des gros carreaux du mur d’enceinte. Plus qu’une démonstration du talent de l’artiste, cet atelier montre aux Roumains comment se fait concrètement une œuvre d’art. Mais surtout, il invite créateurs et spectateurs à se regarder sans appréhension, explique George Bodocan.
“Mon idée c’était que, nous, les artistes, allons à la rencontre du public, mais à l’extérieur d’une galerie. Petit à petit, public et artistes se sont habitués les uns aux autres – des liens se sont tissés. Plus personne n’est intimidé – les artistes ont dépassé l’étape du « comment je vais travailler devant le public ? Ne serait-il pas mieux de venir la nuit quand il n’y a plus personne ? » Je pense que c’est précisément ce que l’on doit faire après une cinquantaine d’années de communisme, de distance et de séparation entre le public et les arts, la culture en général. On doit à nouveau se retrouver dans un face à face.”
Après s’être penché sur la vie citadine et avoir exploré les conflits en tout genre, cette année, le troisième « Projet Puzzle » tend justement une main au public, en lui proposant de regarder la vie et les gens « … avec amour ». Toutefois, le courant ne passe pas tout de suite entre le chevalet géant et l’assistance qui se tient prudemment à l’écart. Quand on est timide, c’est difficile de créer sous les yeux d’une cohue de personnes qui déambulent constamment sur la terrasse, avoue l’artiste allemand Patrick Wagner. Il réussit néanmoins de profiter pleinement de la situation. « Je campe sur mon idée – je trouve décevant le fait que d’autres gens ont eux aussi des anniversaires » - de telles petites phrases, Patrick Wagner les écrit chaque jour sur sa tranche de mur et les efface aussitôt. Le public est conquis.
« La proximité du public m’a rendu plus communicatif. Et ce que j’ai le plus aimé c’est la déception explicite des gens lorsque j’effaçais quelque chose qu’ils aimaient. Pour moi, même si quelque chose est sympa, ça ne doit pas durer pour toujours. Au contraire, ça te fait davantage apprécier le moment présent. Quand on efface ces textes, ils restent dans la mémoire – la mienne ou celle du public – mais pas sur le mur. Les gens qui les ont vus, ne peuvent pas les montrer plus tard à leurs proches – par conséquent ils doivent leur raconter ce qu’ils ont vu ici. Ce qui fait que le public devient mon complice et une partie intégrante de mon travail. »
Une vingtaine d’artistes venus des quatre coins du monde ont été invités cette année à figurer l’amour sur le mur de la Terrasse «Aux Moteurs», sur le toit du Théâtre National de Bucarest. Ils n’étaient pas là par hasard, mais suite à un concours de projets, dont la concurrence fut rude. Même si son histoire est assez brève, grâce à sa démarche originale, le « Projet Puzzle » est en train de devenir un rendez-vous repère des jeunes artistes européens. Pour la présente édition, son directeur, George Bodocan, a doublé la mise, mettant côte à côte plusieurs figures de proue de l’art contemporain local et des artistes étrangers débutants. Une expérience qui fait sortir des sentiers battus et dont tout le monde tire un maximum de profit, selon Claudiu Cobilanschi, un des meilleurs plasticiens roumains du moment.
« A un moment donné, après avoir déjà parcouru une partie de la carrière, c’est plus que bénéfique de rencontrer les artistes dits « émergents ». Eux, ils arrivent toujours avec des questions, des intérêts particuliers, une ouverture spéciale par rapport à l’art. Ils interrogent l’art. C’est là une sorte de naïveté créative que les artistes consacrés perdent plus ou moins en cours de route. D’autre part, si on est au début, il est évident qu’on se rapporte toujours aux aînés, à ceux qui ont une expérience derrière. On tente d’apprendre des secrets, des techniques de travail, les meilleurs chemins pour atteindre le but final du voyage artistique.
Or, au sein de ce projet, il y a une mixture entre les deux camps qui efface les différences perceptibles par le public. Celui-ci voit un tout sans différences. »
Il est bien difficile de traiter « … avec l’amour » dans l’art contemporain international, d’autant plus que la tendance est à l’engagement et à la thématique sociale. Même si l’un n’exclut pas les autres. Si le niveau élevé des artistes a rendu l’équipe homogène, les visages qu’ils ont mis sur ce sentiment sont très différents. Chaque personne du public pouvait se retrouver dans au moins une des œuvres du puzzle peint sur le mur, précise George Bodocan.
« C’est un amour très divers – dans certaines oeuvres j’ai dû même le chercher avec application… Mais je l’ai trouvé ! Il y a, par exemple, de l’amour entre des gens qui on besoin de la langue des signes pour s’exprimer. Il y a ensuite l’amour en miroir avec la haine… Et puis des choses très simples, très personnelles – une artiste a dessiné son enfant, qui a trois mois. J’ai beaucoup aimé ce côté personnel, parce qu’après tout c’est là que se trouve l’amour le plus sincère. D’autres se sont détachés de leur propre expérience et se sont rapportés aux sentiments des autres, à ceux de différentes communautés, ou même envers les animaux. C’est la diversité qui nous représente le plus. »
Romain Carrère est graffeur par passion et non par vocation d’activiste des rues. Tout en reconnaissant que l’amour n’est pas non plus la force première des graffitis, ce montpelliérain affirme que, même s’il rencontre ce genre de desseins un peu partout dans les villes, le public ne voit qu’une certaine dimension de cet art.
Sur les murs du toit du Théâtre National de Bucarest, non seulement les graffitis et les peintures du « Projet Puzzle » sont à la vue de tous, mais ils relèvent aussi de l’actualité immédiate, car 2008 est l’Année européenne du dialogue interculturel. Si les artistes pouvaient y servir de publicité, les nombreux habituels de la Terrasse « Aux Moteurs » ont préféré réagir à ce qu’il voyaient sur la paroi notamment en restant assis à leurs tables.
Ovidiu fait partie de ceux qui ont franchi le pas et se sont exercés au maniement de la bombe à peinture, aux côtés des spécialistes invités à l’atelier. Il regrette que la clientèle de l’endroit ne soit davantage sortie de sa réserve, d’autant plus que le public d’ici fait la pluie et le beau temps des modes en tout genre de la jeune génération roumaine.
« Je pense que je suis parmi les quelques spectateurs qui sont entrés en contact avec les artistes. Ce sont des gens très agréables, chaleureux et très ouverts au dialogue. J’ai vu beaucoup de regards fixés sur les tableaux ou sur les participants à l’atelier, mais très peu de personnes ont eu le courage de mettre la main à la pâte. A mon avis c’est à cause de la timidité. »
Tout comme l’ensemble de l’immeuble qui accueille le Théâtre National de Bucarest, la terrasse « Aux Moteurs » fermera prochainement ses portes pour de longs mais très attendus travaux de rénovation. Le toit avec tableaux devrait, en principe, disparaître ou au moins prendre une autre forme. Comme ils ne peuvent pas les décrocher du mur, les organisateurs du « Projet Puzzle » mettront les trois séries de toiles sur des photos grandeur nature. Une exposition devrait par la suite les faire voyager à travers la Roumanie et dans les pays d’origine des artistes. Avis aux mécènes. (Andrei Popov)
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